
C’est le premier jour du printemps, avec ciel d’un bleu immaculé et soleil éclatant. Au vu de cette belle journée qui s’annonce, j’en descendrais presque mes quatre étages par petits bonds guillerets.
Hélas, ça se gâte affreusement quand la voiture refuse de démarrer, faute de charge. J’inspecte le parking, sans vie en ce dimanche matin, puis me tourne vers la façade de mon immeuble. Les volets des Joliette, dont la place de stationnement jouxte la mienne, sont ouverts. Je fonce dans l’escalier, frappe à leur porte en me retenant d’y tambouriner véhémentement. Monsieur vient m’ouvrir en pyjama.
— Excusez-moi de vous déranger, ma batterie est à plat. J’ai des câbles, vous pourriez m’aider à démarrer ?
— Vous aviez laissé vos phares allumés ?
— Non. Et ma batterie est neuve. L’alternateur doit être mort.
Il se gratte la tête, l’air concentré. Je vois le temps défiler sans pitié.
— Je vais être en retard au boulot. Si vous vouliez juste m’ouvrir votre capot, je devrais pouvoir dém-
— Vous êtes sûre qu’il vous reste de l’essence ? me coupe-t-il.
Il affiche un gentil sourire, pas du tout sarcastique, et je n’ai pas le temps de déclencher une guerre. Mais ça achève de me saper le moral.
Cinquante-deux textes très courts et illustrés, sur des gens croisés ici ou là, de minuscules événements de la vie, des situations drôles ou agaçantes, cocasses ou désespérées ; des souvenirs lointains ou des « aventures » plus récentes. Comme une photo qui restituerait l'écho d'une émotion – pas un selfie, plutôt un témoignage…