Gris Fatigue
Papillon

Meurtrie, je l’étais, bien entendu. Mes cicatrices s'incrustaient profondément dans mon âme, et s’étaient, comme qui dirait, incarnées dans la couleur de mes cheveux, ce gris morose, entre mercure et fumée de cigarette, symbole de ma fatigue infinie. Je n’allais pas oublier, je n’allais rien effacer, mais les briques qui me construiraient seraient autres. Même si, pour être honnête, le mot « brique » était un tantinet impropre ; ce qui me constituait n’avait jamais été aussi solide. Juste des grains de sable collés ensemble d’une manière si précaire que ma persistance sur cette terre tenait du miracle. Maintes fois, j’avais pensé, sans vraiment le craindre, que les bourrasques qui secouaient mon existence finiraient par m’éparpiller aux quatre vents. Et même par temps calme, je n’étais jamais assurée de ne pas subitement m’effondrer en un petit tas de poussière, vite balayé par la prochaine brise. J’avançais, un pas après l’autre, tel un automate déglingué ou mal réglé. Incapable d’être l’actrice de ma propre vie, je m’étais résolue à n’en être que le témoin.

Après un périple de quinze ans aux États-Unis, Estelle revient vivre en France, chez Léon, son grand-père, qui l’avait recueillie lorsqu’elle était adolescente. Elle reprend son métier d’enseignante dans un lycée parisien, sans bien savoir que faire de sa vie dans un monde qu’elle comprend de moins en moins. Éprouvée par une enfance toxique et divers coups du sort, elle refuse cependant de se voir comme une victime et pratique le sarcasme tel un sport de combat. À huit mille kilomètres de distance, Olivia, la seule amie qui lui reste, passée elle aussi par la souffrance et le chagrin, s’efforce de la sortir de cette lassitude tenace.

Disponible uniquement sur Amazon
Broché, 270 p., 13,90 € - eBook : 5,99 €